Les livres à aimer
Avril 2012. Imagination, imaginaire et création.

Avant-propos de Michèle Querré
Dans un premier sens le mot imagination se dit d’abord d’une image de rêve. Par extension, le mot désigne (1269-1278) la faculté d’inventer des images et de former des compositions nouvelles d’images. Se détachant de l’idée d’image, le mot en vient à une valeur plus abstraite, ce qui est conçu par l’esprit.
L’adjectif imaginaire¹, dérivé d’imago, s’applique d’abord à ce qui n’a de réalité qu’en apparence ; employé par Descartes et Pascal (1658) en mathématiques au sens qui n’existe que dans l’imagination.
En psychanalyse, Imago, chez Jung (1911) et Freud (1915) désigne un prototype inconscient acquis par le sujet dans l’enfance et qui oriente ses relations interpersonnelles.
Pour Lacan, l’imaginaire (1966) définit un registre caractérisé par la prévalence à l’image du semblable et le plus souvent articulé au symbolique et au réel.
Le mot création², lui, est d’abord employé pour désigner la création divine, ce qui est tiré du néant. Il se laïcise au sens d’action d’établir une chose pour la première fois.
Voilà, c’est une grande liberté humaine que de pouvoir imaginer, combler l’absence, inventer. C’est l’idée même de création un rien qui devient quelque chose². Même si l’imaginaire ne part jamais de rien.
Pierre Soulages définit ses tableaux comme des objets poétiques. Il dit que les mots amènent à la peinture mais ils restent sur le bord. Ils sont impuissants à en pénétrer les pouvoirs. Les mots sont des béquilles qui permettent de faire un petit bout de chemin en direction de l’œuvre. Dans un premier temps, ils peuvent servir à ouvrir les yeux enlisés dans les habitudes, montrer que l’on voit davantage avec ce que l’on a dans la tête que devant les yeux. Mais la plus grande partie du chemin reste hors de leur portée, puisque l’art, justement, est au-delà³.
Pierre Soulages n’est-il pas un exemple unique ? Comme plasticien il n’est pas dans la représentation ; il travaille le noir. Ne nous donne-t-il pas la possibilité de comprendre à travers les mots ce qu’est l’absence de mots³ ?
¹Alain Rey, Dictionnaire historique de la langue française, Dictionnaire le Robert, 1992.
² Idem
³ François Jaunin, Entretiens, Pierre Soulages : Noir lumière, La bibliothèque des arts, 2002.



